Devenir prof d’arts appliqués en LP et LT — Carnet de bord d’une entrée en formation

Stéphane ARRAMI Workspace pédagogique arts appliqués numérique

Première étape : construire le portfolio, comprendre le parcours, préparer les outils

[Mise à jour — 19/03/2026]

Le scénario a changé en cours de tournage. Je ne serai pas en atelier d’Arts Appliqués, mais affecté en Lettres-Histoire. Changement de décor, mais mêmes outils : la sémiologie, le numérique et le design au service de la transmission. Ce carnet de bord, reste mon socle méthodologique : car si la matière change, l’intention pédagogique, elle, reste intacte.

Il y a des reconversions qui ressemblent à des virages secs. La mienne ressemble plutôt à un long travelling, à 55 ans, la suite logique après avoir été Formateur Professionnel d’Adultes notamment en Infographie-Webdesign, Développement Web et Communication-Marketing visuel : je vois venir la scène depuis un moment, je sais qu’elle arrive, et pourtant quand elle commence vraiment, il faut quand même s’ajuster, recadrer, trouver son équilibre dans le mouvement.

Je commence une formation en didactique et pédagogie. L’objectif : rejoindre un lycée professionnel privé sous contrat en septembre, pour enseigner les arts appliqués — domaine qui prolonge mon ADN et mon profil en design depuis 1997, et une première immersion en agence dès 1995.

Mon profil me permet aussi d’intervenir en co-enseignement et en interdiscipline : français, histoire-géographie, EMC/EMI, numérique. Du CAP au BMA : un spectre large, assumé.

Une vraie boucle avec mon parcours universitaire en sémiologie de l’image — auprès de Nadine Gelas et Jean-Gouazé — puis en multimédia et images numériques.

Ce carnet de bord raconte la première phase. Pas encore la classe. Pas encore les élèves. Le moment d’avant : celui où je construis les fondations à vue, sans filet, avec les outils que j’ai.

Le portfolio : exister avant d’entrer

Avant d’entrer dans une classe, il faut exister quelque part. Le portfolio, c’est cette existence rendue visible — pour les établissements, pour les jurys, pour moi-même aussi.

Mais le portfolio d’un enseignant en arts appliqués n’est pas un book de graphiste. Il ne s’agit pas seulement de montrer ce que je sais faire. Il s’agit de montrer comment je pense, comment je transmets, comment j’articule une compétence plastique avec une posture pédagogique.

Je l’ai donc construit autrement. En cartographiant d’abord les domaines : les quatre pôles des arts appliqués, les niveaux de certification, les objets d’étude des différentes matières. Puis en identifiant ce que j’apporte réellement — un Bac+5 en sémiologie et audiovisuel, quinze ans d’agence web, des jurys de certification professionnelle, du mentorat en UX. Pas un profil d’enseignant classique. Un profil hybride, qui a ses forces propres, et qui apprend à les formuler dans le langage de l’institution.

L’immersion totale comme méthode

La première décision, c’était de ne pas faire semblant de commencer par le début. J’aurais pu ouvrir les référentiels, les lire linéairement, prendre des notes propres. J’ai fait le contraire : plonger dans l’ensemble du parcours pédagogique en simultané — du CAP jusqu’au DNMade — pour comprendre la logique d’ensemble avant de descendre dans le détail des séances.

Je ne dessine pas un site en commençant par les boutons. Je commence par l’architecture, les flux, les intentions. La pédagogie, c’est pareil.

C’est ce que j’appelle mon processus VUCA — naviguer dans la volatilité, l’incertitude, la complexité et l’ambiguïté — non pas comme une contrainte à gérer, mais comme un mode opératoire assumé. Le chaos n’est pas le problème. C’est le terrain.

Préparer les outils — surtout les numériques

J’ai mis en place un système de préparation organisé en dossiers thématiques avec des progressions annuelles, des cartographies granulaires par compétence, des séquences en construction. Tout ça en sachant que la carte n’est pas le territoire : ce qui se passera en classe sera autre chose que ce que je prépare. Mais la préparation construit la disponibilité. Et la disponibilité, c’est ce qui permet d’improviser avec intelligence.

Les outils numériques que j’embarque ne sont pas neutres. Figma pour la conception visuelle, les outils PIX pour la culture numérique des élèves, et en arrière-plan une réflexion permanente sur l’EMI — l’éducation aux médias et à l’information — que je considère comme l’une des matières les plus stratégiques de la voie professionnelle aujourd’hui.

Le carnet Fabriano sur la photo d’ouverture, ce n’est pas un détail décoratif. C’est le rappel que la main ne se substitue pas à l’écran. Elle le précède, elle le complète, elle le recadre. Dans un cours d’arts appliqués, la dualité analogique/numérique n’est pas un choix pédagogique : c’est la matière même du cours.

Les prochaines étapes : trois immersions en établissement (avril, mai, juin), la poursuite de la préparation des séquences, et la construction progressive du portfolio enseignant.

Ce que cette phase construit

Ce carnet de bord ne documente pas une réussite. Il documente un processus. La distinction est importante.

Je ne sais pas encore comment je vais gérer une classe de CAP en pleine séance de dessin technique. Je ne sais pas encore quel sera mon rythme en BMA Communication Visuelle. Ce que je sais, c’est que j’arrive avec une méthode, une culture, des outils et une vraie curiosité pour ce qui va se passer quand tout ça rencontrera des élèves réels.

Les prochaines étapes : trois immersions en établissement, la poursuite de la préparation des séquences, et la construction progressive du portfolio enseignant.

Je documenterai ici.

Stéphane Arrami — formateur, praticien, en cours de transmission.


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