Tasdawit : une bibliothèque ouverte Omeka S Zotero, pour raconter les identités plurielles

Tasdawit Zotero Omeka S

Comment un projet pédagogique construit avec Zotero et Omeka S transforme la façon de se connaître et de se respecter.

Je travaille depuis quelques mois sur quelque chose qui me tient vraiment à cœur. Ce n’est pas compliqué, mais c’est puissant. C’est un mélange entre une base de ressources, des ateliers d’écriture, et une conviction simple : les histoires des gens comptent.

Tasdawit, c’est le nom. Ça signifie « université » en berbère. Mais c’est plus qu’une plateforme. C’est une ouverture.

Pourquoi ce projet existe

En tant que futur professeur, je vois des élèves qui ont des parents de pays différents, des histoires plurielles, des identités riches de ces diversités et des mémoires de leurs aïeux. Et l’école, traditionnellement, leur dit : voilà l’histoire « officielle », voilà la littérature « reconnue ».

Mais l’histoire de ton grand-père qui a immigré ? Celle de ta mère qui a quitté son pays ? Le récit de ta famille qui s’est reconstruite ailleurs ? Ça ne compte pas officiellement.

Tasdawit dit : si, ça compte.

C’est une base de ressources bibliographiques ouverte où on trouve des modèles, des inspirations, des histoires du monde entier. Des Malgaches qui racontent Madagascar. Des Kabyles qui partagent leurs traditions. Des gens de partout qui disent : voilà, c’est mon histoire, c’est mon identité.

L’idée n’est pas nouvelle. Elle vient de projets comme StoryCorps aux États-Unis, la Human Library au Danemark, les archives orales de la BBC. Des gens qui ont dit : les vies ordinaires méritent d’être documentées.

Tasdawit, c’est quoi concrètement ?

C’est un site, une base de ressources accessible. On y trouve :

  • Des récits de vie documentés (textes, vidéos, podcasts)
  • Des bibliographies sur les identités, les migrations, les racines
  • Des exemples de comment on raconte une histoire
  • Des outils pour penser ses propres racines (livres, articles, témoignages)

Un vrai regard sur le métissage, les identités plurielles, les racines profondes

C’est ouvert. C’est public. C’est une ressource qu’on partage.

Là où c’est important — ce n’est PAS où on met les productions de nos élèves.

Pourquoi séparer Tasdawit et les productions des élèves

Ici, il faut être honnête sur le RGPD, la protection des mineurs, et le projet de l’établissement.

Les élèves vont écrire des choses intimes. Des journaux. Des récits sur leur famille. Des flipbooks où ils racontent qui ils sont. C’est personnel. C’est précieux. Et ça doit être protégé.

Donc les productions des élèves vont ailleurs. Dans un espace numérique sécurisé de l’établissement :

  • Conforme au RGPD
  • Géré par l’école (pas une plateforme externe)
  • Avec des droits d’accès clairs (les élèves décident : privé ? semi-public ? accessible à la classe ?)
  • Archivé durablement

Tasdawit, c’est l’inspiration et le modèle. L’espace d’établissement, c’est où on archive les productions.

Les deux ensemble, c’est puissant. Pas confus.

Les ateliers d’écriture : comment ça marche

On lance des ateliers concrets. Voici comment j’en organise quelques-uns :

Atelier 1 : « Mes racines, mes histoires »

Objectif : que l’élève explore ses propres origines et les raconte.

Étapes :

On lit quelques récits sur Tasdawit (des histoires de gens avec des identités mixtes, des migrations)

L’élève répond à des questions simples (par écrit, dans son journal) : d’où viennent mes parents ? Qu’est-ce qui m’a été transmis ? Qu’est-ce que j’aurais voulu demander ?

L’élève écrit un texte court (2-3 pages)

Il/elle crée un flipbook ou une présentation visuelle

Archive dans l’espace d’établissement

Ancrage aux programmes : EMC (identité, citoyenneté), français (écriture autobiographique), histoire (migrations).

Atelier 2 : « Interviewer quelqu’un »

Objectif : transmettre une histoire qui risque de disparaître.

Étapes :

L’élève choisit quelqu’un (parent, grand-parent, voisin)

On prépare une grille d’interview simple (5-10 questions ouvertes)

L’élève enregistre (audio ou vidéo) une conversation d’une heure

Il/elle transcrit et ajoute du contexte (qui ? quand ? où ? pourquoi ?)

Tout va dans l’espace d’établissement

Ancrage aux programmes : histoire orale, français (transcription), numérique.

Atelier 3 : « Construire ma bibliographie personnelle »

Objectif : apprendre à organiser les ressources.

Étapes :

L’élève explore Tasdawit et trouve des ressources qui parlent de son identité

Il/elle les ajoute à Zotero (gestionnaire de ressources)

Pour chaque ressource, il/elle note : pourquoi c’est important pour moi ?

À la fin, il/elle a une bibliographie personnelle annotée

Ancrage aux programmes : français (recherche), numérique, EMC.

Le projet global : comment ça s’articule

L’année, c’est une progression :

Septembre-octobre : Découvrir Tasdawit. Lire les histoires d’autres.

Novembre-décembre : Atelier 1. Écrire pour soi.

Janvier-février : Atelier 2. Aller écouter quelqu’un.

Mars-avril : Ateliers 3 et 4. Bibliographie et journal.

Mai : Restitution en formats variés.

Juin : Archive. Tout va dans l’espace d’établissement.

Pourquoi c’est important pour les programmes

Ce projet répond à plusieurs objectifs des programmes scolaires, tout en restant cohérent avec une vision pédagogique d’ouverture et de respect des identités plurielles.

En conclusion

Tasdawit n’est pas une mode du storytelling. C’est une ressource ouverte pour dire : il existe des histoires du monde entier, des identités complexes, du métissage, des racines profondes. Lis-les. Inspire-toi. Puis raconte la tienne.

Les ateliers d’écriture donnent aux élèves les outils pour le faire. Le journal, l’interview, la bibliographie — ce ne sont pas des exercices abstraits. C’est comment on construit une identité consciente et documentée.

Et l’espace d’établissement ? C’est où on dit : ce que tu as créé, ça reste. Ça sera là pour les générations suivantes. Ça fait partie de notre patrimoine collectif.

C’est un projet simple en apparence. Mais quand on voit un élève qui n’a jamais écrit parler de sa vie, ou une fille qui enregistre sa grand-mère pour la première fois, on comprend que ça change quelque chose.

Les identités plurielles ne sont pas un problème à résoudre. Ce sont des richesses à documenter. Le projet continue. Chaque année, on construit. On archive. On raconte


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