Devenir prof en Lycée Professionnel — Carnet de bord d’une entrée en formation

Stéphane ARRAMI Workspace pédagogique arts appliqués numérique

Première étape : construire le portfolio, comprendre le parcours, préparer les outils

Il y a des reconversions qui ressemblent à des virages secs. La mienne ressemble plutôt à un long travelling. À 55 ans, c’est la suite logique, une nouvelle flèche à mon arc après une carrière de Formateur Professionnel d’Adultes en Infographie-Webdesign, Développement Web et Communication-Marketing visuel. Je vois venir la scène depuis un moment, je sais qu’elle arrive. Et pourtant, quand elle commence vraiment, il faut s’ajuster. Recadrer. Trouver son équilibre dans le mouvement.

Actuellement en formation en didactique et pédagogie, je souhaite rejoindre un établissement dès la rentrée de septembre pour transmettre mon expertise dans deux filières d’avenir : les Sciences de Gestion et Numérique (STMG / SIG) et les Arts Appliqués.

Mon parcours universitaire en Info-Com et mon expérience en agence de design, médias et pluri-média depuis 1997 constituent des atouts majeurs. Ils m’apportent une solide culture générale, une maîtrise des systèmes d’information, de l’analyse iconographique, ainsi qu’une approche concrète du code et du design web.

La trajectoire cible : à moyen terme, je souhaite faire évoluer cette expertise globale vers le métier de professeur documentaliste (Sciences de l’information et ingénierie documentaire) par la voie du concours. L’accès aux classes de disciplines technologiques et artistiques est la première pierre de cet édifice.

Au-delà des cours disciplinaires, mon profil me permet d’intervenir activement en interdisciplinarité et en co-enseignement, notamment sur les volets fondamentaux du numérique, de PIX et de l’EMI (Éducation aux Médias et à l’Information). J’assume pleinement un spectre large de publics, de la filière technologique STMG aux diplômes des métiers d’art (BMA), avec le souhait d’ancrer ma pratique dans l’accompagnement à l’orientation.

Ce projet d’enseigner le Numérique et le Design boucle parfaitement la trajectoire de mon parcours. J’ai une formation universitaire de base très solide en sémiologie de l’image, que j’ai étudiée auprès de Nadine Gelas et Jean-Gouazé, avant de bifurquer vers le multimédia, le développement web et les architectures de données.

Ce carnet de bord raconte la première phase. Pas encore la classe. Pas encore les élèves. Le moment d’avant : celui où je construis les fondations à vue, sans filet, avec mes outils.

Le portfolio : exister avant d’entrer

Avant d’entrer dans une classe, il faut exister quelque part. Le portfolio, c’est cette existence rendue visible : pour les établissements, pour les jurys, pour moi-même aussi.

Pour un enseignant, il s’agit de montrer ce que je sais faire, comment je pense, comment je transmets, comment j’articule mes compétences professionnelles (en gestion de projets, d’infrastructures web et d’équipes) avec la posture pédagogique.

Je l’ai donc construit autrement. En cartographiant d’abord les domaines : les référentiels du bac technologique STMG, les questions de gestion des Systèmes d’Information (SIG), et les objets d’étude des Arts Appliqués. Puis en identifiant ce que j’apporte réellement — un Bac+5 en sémiologie et audiovisuel, quinze ans d’agence web, des jurys de certification professionnelle, du mentorat en Développement et UX. Pas un profil d’enseignant classique. Un profil hybride, qui a ses forces propres, et qui apprend à les formuler dans le langage de l’institution.

L’immersion totale comme méthode

La première décision, c’était de ne pas faire semblant de commencer par le début. J’aurais pu ouvrir les référentiels, les lire linéairement, prendre des notes propres. J’ai fait le contraire : plonger dans l’ensemble du parcours pédagogique en simultané, pour comprendre la logique d’ensemble (de la manipulation des bases de données SQL à la création plastique) avant de descendre dans le détail des séances.

Je ne dessine pas un site en commençant par les boutons. Je commence par l’architecture, les flux, les intentions. La pédagogie, c’est la même chose.

C’est ce que j’appelle mon processus VUCA : naviguer dans la volatilité, l’incertitude, la complexité et l’ambiguïté non pas comme une contrainte à gérer, mais comme un mode opératoire assumé. Le chaos n’est pas le problème. C’est le terrain.

Préparer les outils : dompter le numérique et l’analogique

J’ai mis en place un système de préparation organisé en dossiers thématiques avec des progressions annuelles, des cartographies granulaires par compétence (notamment autour de la programmation, du web et des réseaux), et des séquences en construction. Tout ça en sachant que la carte n’est pas le territoire. Mais la préparation construit la disponibilité. Et la disponibilité, c’est ce qui permet d’improviser avec intelligence.

Les outils numériques que j’embarque ne sont pas neutres. Figma pour la conception visuelle (UI/UX), les environnements de serveurs et de bases de données pour la SIG, les outils PIX pour la culture numérique des élèves, et en arrière-plan une réflexion permanente sur l’EMI — que je considère comme l’une des matières les plus stratégiques aujourd’hui.

Le carnet Fabriano sur la photo d’ouverture, ce n’est pas un détail décoratif. C’est le rappel que la main ne se substitue pas à l’écran. Elle le précède, elle le complète, elle le recadre. Dans un cours d’arts appliqués ou de design d’interface, la dualité analogique/numérique n’est pas un choix pédagogique : c’est la matière même du cours.

Ce que cette phase construit

Ce carnet de bord ne documente pas une réussite. Il documente un processus. La distinction est importante.

Je ne sais pas encore comment une classe de Terminale STMG va s’emparer de mes TP sur le langage SQL, ni quel sera mon rythme exact en BMA Communication Visuelle. Ce que je sais, c’est que j’arrive avec une méthode, une culture technique et visuelle solide, des outils testés sur le terrain (et déployés sur mes propres serveurs) et une vraie curiosité pour ce qui va se passer quand tout ça rencontrera des élèves réels.

Les prochaines étapes : les immersions en établissement d’ici juin, la poursuite de la modélisation de mes séquences SIG et Arts Appliqués, et la construction progressive de ce portfolio.

Je documenterai ici.

Stéphane Arrami — formateur, praticien, en cours de transmission.


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