Amen.
L’eau coule dans le legmi,
dans mon sang,
demmi a mmi
le sang de mon père.
L’huile d’olivier,
la sève sont prières.
L’amaziɣ enfoui sous le sable du tanazref,
enseveli par l’arabisation et les siècles,
que même Champollion n’avait jamais déchiffrée.
Ce monde réapparaît aujourd’hui
poussière d’or, langue ressuscitée
mémoire debout entre le vent et la lumière.
Dans chaque mot kabyle, un écho de pierre
dans chaque signe tifinaɣ, une étincelle du Yaz
Sous le désert, il n’y avait pas le silence :
il y avait le souffle, l’eau, le feu de vie
celui des tin-hinan qui gardaient les noms,
celui des poètes qui parlaient au vent
Ecoutaient l’enneki.
Et voici que le monde ancien se relève,
non pour revenir,
mais pour rappeler aux vivants
qu’ils n’ont jamais cessé d’être.
Souffle sur ma lettre ⵣ,
le pilier central, incliné,
et tu verras apparaître
le début et la fin de ton monde, le Z de l’homme libre.
À la tienne, amuniɣ mon guide céleste, trinquons à ceux qui boivent la lumière.
Stéphane ARRAMI, 12 octobre 2025
Leɣmi / legmi / lagmi : eau de la sève du palmier-dattier, amni (liquide, sève) en tamazight.

