Du pays de mon père, le parfum n’a rien d’exotique.
Il est rugueux, terreux, vivant.
Grenade éclatée sur la pierre, tibexcicin sauvages,
fruits rouges abandonnés aux ronces des villages
que les routes n’ont jamais voulu atteindre.
Une fillette de nos collines.
L’œil étranger s’y perd
dans ce qu’il croit être une saturation :
il ne comprend pas encore que ce sont nos couleurs
qui refusent d’être édulcorées.
Des veilles photographies à recoloriser
à refruiter, à saveuriser
Les vignobles kabyles n’ont pas besoin
d’être pittoresques pour exister.
Nos parfums ne descendent
d’aucun Orient rêvé.
Ils ne portent ni l’encens d’Arabie,
ni le jasmin de nuit venu des Amériques,
ni le musc de l’Himalaya,
ni aucun de ces arômes qu’on nous colle
pour nous fondre
dans une géographie de fantasmes.
Ils montent du sol lui-même, du cactus
qui résiste sans qu’on lui demande,
des écosystèmes que personne
n’a songé à romancer
parce qu’ils n’ont jamais eu besoin de l’être.
Rien, ni vos tebbouneries ni vos beureries,
n’effacera l’odeur
de ce que nous sommes.
Pas de sublimation.
Pas de voile parfumé jeté sur le réel.
Juste la matière brute de la prairie, de l’amazir,
nord-africaines jusqu’à l’os.
Photographie colorisée d’une fillette kabyle d’Amizour (Kabylie) par ⵜⴰⵇⴱⴰⵢⵍⵉⵜ ⴰⵜ ⵣⵉⵔⵉ

