Du pays de mon père

Asif amizour

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Du pays de mon père, le parfum n’a rien d’exotique.

Il est rugueux, terreux, vivant.

Grenade éclatée sur la pierre, tibexcicin sauvages,

fruits rouges abandonnés aux ronces des villages

que les routes n’ont jamais voulu atteindre.

Une fillette de nos collines.

L’œil étranger s’y perd

dans ce qu’il croit être une saturation :

il ne comprend pas encore que ce sont nos couleurs

qui refusent d’être édulcorées.

Des veilles photographies à recoloriser

à refruiter, à saveuriser

Les vignobles kabyles n’ont pas besoin

d’être pittoresques pour exister.

Nos parfums ne descendent

d’aucun Orient rêvé.

Ils ne portent ni l’encens d’Arabie,

ni le jasmin de nuit venu des Amériques,

ni le musc de l’Himalaya,

ni aucun de ces arômes qu’on nous colle

pour nous fondre

dans une géographie de fantasmes.

Ils montent du sol lui-même, du cactus

qui résiste sans qu’on lui demande,

des écosystèmes que personne

n’a songé à romancer

parce qu’ils n’ont jamais eu besoin de l’être.

Rien, ni vos tebbouneries ni vos beureries,

n’effacera l’odeur

de ce que nous sommes.

Pas de sublimation.

Pas de voile parfumé jeté sur le réel.

Juste la matière brute de la prairie, de l’amazir,

nord-africaines jusqu’à l’os.

Photographie colorisée d’une fillette kabyle d’Amizour (Kabylie) par ⵜⴰⵇⴱⴰⵢⵍⵉⵜ ⴰⵜ ⵣⵉⵔⵉ


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