Arrami : mon nom adoptif
Mon père est originaire d’Amizour en Kabylie. J’ai été adopté par un Tunisien à l’âge de 3 ans. Je possède aujourd’hui la double nationalité franco-tunisienne.
Ce parcours singulier m’oblige à réfléchir sur les mots, la mémoire et le tissage des liens entre les cultures. Mon histoire personnelle devient ainsi le miroir d’une histoire plus vaste, celle des migrations et des métissages méditerranéens.
En Tunisie, la communauté juive a été un refuge pour moi, une ouverture spirituelle précieuse. Beaucoup m’ont pris pour un juif tunisien. Certains ont utilisé cet aspect pour tenter de nuire et délégitimer le combat que je mène, révélant ainsi les préjugés qui persistent encore aujourd’hui.
Le village berbère d’Arram, situé sur la route entre Gabès et Médenine, était un carrefour commercial important de l’Afrique du Nord sur la route de la Libye. Autrefois, la cité disposait d’un hôpital et d’un marché à grains, à mi-chemin entre les Matmata, Tapura (Sfax), Takapès (Gabès), Médenine, Tataouine, Mareth et l’île des lotophages de Djerba.
Plusieurs localités de Tunisie ont été peuplées par les Phéniciens de Syrie (Aram). On pourrait penser que le nom du village tire son origine de ces contrées du Moyen-Orient. Ses habitants sont principalement des Amazighs de la tribu libyque du sud tunisien, issus de la grande confédération des Ourrama (Médenine).
La vallée de l’Asif Arram (Oued Arram) demeure un cours d’eau très abondant pendant les saisons de pluies.
Faut-il mentionner que l’ancien dictateur tunisien Ben Ali est originaire de ce village ?
Grigori Lazarev, dans son ouvrage Les Structures Agraires au Maroc, évoque la confédération amazighe du sud-est tunisien, à nouveau rassemblée au XVIe siècle sous l’influence d’un religieux venu de Seguiet el Hamra au Maroc. L’examen de sa composition révèle un assemblage hétérogène de très anciennes tribus berbères et de branches des colons de Beni Solaym.
D’après un document de Zachary Kessin (s-gabriel.org/names/yehoshua/names_in_valencia.html), qui compile une liste de patronymes juifs à Valence au XIIIe siècle, on constate la présence d’un certain Samuel Arramí. Cette trace historique résonne étrangement avec mon propre parcours.
Arrami est mon nom adoptif, un pont jeté entre la Kabylie de mes origines, la Tunisie de mon adoption.
Djerba, l’île des lotophages, demeure la synthèse parfaite de ce destin : carrefour méditerranéen où se rencontrent les Amazighs (Berbères), les Phéniciens, les Juifs et les Grecs, elle incarne ce tissage des cultures qui définit mon identité. Là où certains ne voient que des frontières, je vois des ponts. Là où d’autres cherchent à diviser, je trouve l’unité dans la diversité.
Errami : homme d’honneur en berbère ; ancienne et honorable famille ; archer.
Photographie Stéphane Arrami à Matmata région amazighophone Tunisie 2012

